Gérer efficacement plusieurs communications à la fois

[Décembre 2025]

Dans de nombreuses associations, la communication peut ressembler à un mille-feuille : on parle d’un « café parents » le mardi, d’une résidence en milieu scolaire le jeudi, d’une collecte de matériel sportif le weekend… et, au milieu de tout ça, on oublie presque de parler de l’association elle-même !
Pour les personnes en charge de la communication, surtout dans des petites et moyennes associations, la question n’est plus « sur quoi communiquer ? » (on ne manque pas de sujets !), mais plutôt : « comment articuler toutes nos communications sans perdre le fil ni se sentir submergé ? »

Dans cet article, je vous propose de : poser un regard sur nos pratiques pour comprendre pourquoi cela semble compliqué et de partager des outils concrets pour y voir clair.

1. Pourquoi est-ce compliqué d’articuler plusieurs communication différentes ?

Dans les petites ou moyennes associations, on cumule souvent :
• La communication événementielle : ateliers, café parents, concerts, réunions publiques, temps forts internes…
• La communication sur les projets : résidences d’artistes en milieu scolaire, actions en prison, programmes avec des habitants, projets financés sur 2 ou 3 ans…
• La communication institutionnelle – sur la structure : vie associative, adhésions, bénévolat, rapport d’activité, campagnes de dons, gouvernance, partenariats, projet associatif…
(liste non exhaustive…)

Sur le papier, tout est lié (et normalement bien relié au projet associatif). Dans la vraie vie, ces communications sont souvent gérées en silo  : un salarié suit les projets avec les scolaires, un autre s’occupe des événements, la direction, le conseil d’administration (ou personne…) porte la communication institutionnelle... Chacun communique « dans son coin » ou fait appel à la personne en charge de la communication qui se retrouve à devoir jongler entre les besoins et priorités des uns et des autres.

Résultats : vos publics voient surtout une succession d’événements, les partenaires ne perçoivent pas toujours le projet global, la communication institutionnelle (adhésion, bénévolat, campagne de dons, ligne politique, projet associatif) devient l’angle mort...
Pourtant, d’un point de vue stratégique, la littérature en communication et marketing associatif est assez claire : une communication efficace repose sur la cohérence des messages, la répétition des repères clés (valeurs, missions, publics) et le lien explicite entre les actions et le projet (ce que vous faites / pourquoi vous le faites).

Autrement dit : si vos événements, vos projets et votre « vie associative » ne renvoient pas régulièrement à une même colonne vertébrale, vous dépensez de l’énergie… mais vous ne construisez pas vraiment une image claire, ni une légitimité solide.

2. Revenir à la base : une stratégie de communication écrite (vraiment écrite)

Avant de parler d’outils, il y a un prérequis : une stratégie de communication formalisée, même si elle tient sur 2 pages. À minima, elle devrait répondre à ces questions :

1. Quelle est notre problématique principale de communication ?
Exemples :
◦ « Nos ateliers sont pleins mais personne ne sait qui porte le projet. »
◦ « Nos projets avec les scolaires sont visibles mais on a du mal à recruter des bénévoles. »
◦ « On communique beaucoup sur les événements, mais peu sur le sens et le projet associatif. »
2. Quels sont nos objectifs de communication prioritaires ?
Pas 12. Plutôt 2 ou 3, et très précis du type :
◦ faire connaître l’association comme un acteur identifié de [votre territoire / secteur] auprès des habitants de 30 à 50 ans,
◦ recruter X bénévoles par an,
◦ fidéliser nos X adhérents,
◦ renforcer la légitimité auprès des partenaires / financeurs.
3. Quels publics cibles ?
◦ public des événements (parents, habitants d’un quartier, public scolaire, pratiquant·es d’un club sportif…),
◦ bénévoles actuels et futurs,
◦ adhérents,
◦ partenaires institutionnels, mécènes, bailleurs…
4. Quels messages clés, stables dans le temps ?
C’est ce qui doit ressortir dans toutes vos communications, même les plus petites :
◦ en une phrase, à quoi sert votre association ?
◦ quelles valeurs ou principes d’action vous distinguent ?
◦ à qui vous vous adressez en priorité ?
◦ quels bénéfices concrets pour les publics ?

> on viendra ensuite adapter et compléter ces messages en fonction des objectifs de communication choisis.

Première action concrète : réserver 2 à 3 heures pour formuler et écrire cette stratégie de communication. Même si elle est imparfaite, elle devient votre référence pour arbitrer : on garde / on simplifie / on refuse / on décale une action de communication.

3. Penser votre communication comme une architecture, pas comme une liste d’actions

Une erreur fréquente : gérer la communication comme une succession d’urgences (« il faut absolument faire une affiche pour samedi ! ») sans plan d’ensemble.

À la place, on peut penser sa communication comme une architecture :
• une base : la communication institutionnelle,
• des piliers : événementiel, projets, vie associative,
• des liaisons : ce qui permet de relier chaque action au projet associatif.

Identifier vos « familles de communication »

Vous pouvez par exemple distinguer :
Famille 1 – Communication institutionnelle - la base (ex : présentation de l’association, projet associatif, gouvernance, adhérer / soutenir / donner, devenir bénévole, rapport d’activité global)
Famille 2 – Communication événementielle (ex : café parents, concert de l’école de musique, portes ouvertes, tournoi solidaire dans le club sportif, fête de quartier…)
Famille 3 – Communication de projet (ex : résidence artistique en collège, ateliers en prison, projet d’éducation artistique et culturelle, programme annuel avec des habitants...)

Action concrète : dessinez 3 colonnes sur une feuille ou un tableau : colonne 1 - vos supports institutionnels, colonne 2 - vos principaux événements récurrents, et colonne 3 - vos projets phares. Inscrivez en dessous les supports, outils et actions actuels. Vous verrez tout de suite où ça se concentre… et ce qui manque.

4. Construire un calendrier global : sortir de la gestion « au coup par coup »

Quand on jongle entre événements, projets et communication institutionnelle, un outil devient indispensable : le calendrier global annuel de communication.

L’idée n’est pas de tout prévoir à la virgule près, mais de repérer : les temps forts récurrents (rentrée, assemblée générale, inscriptions, campagne d’adhésion, appel à bénévoles, temps forts de projets…), les périodes de surcharge (mai-juin pour les événements, fin d’année pour les bilans, etc.), les fenêtres disponibles pour la communication institutionnelle.

Que mettre dans ce calendrier ?
Par mois (ou par semaine), vous pouvez intégrer :
• les événements prévus (concerts, cafés parents, portes ouvertes),
• les jalons de projet (lancement d’une résidence, restitution, temps intermédiaires),
• les temps institutionnels (AG, bilan, campagne d’adhésions, recrutement bénévoles),
• quelques « rendez-vous » de communication institutionnelle (un focus trimestriel sur la vie associative, un témoignage de bénévole, un rappel des façons de soutenir l’association, un zoom sur une valeur du projet associatif...=

Action concrète : choisissez un outil simple (tableur, agenda partagé, Trello, outil en ligne collaboratif). Créez 3 codes couleurs : Institutionnel, Événementiel, et Projet. Renseignez d’abord l’institutionnel (la base), puis les projets, puis les événements.
Vous verrez rapidement : si l’institutionnel est totalement absent, si certaines périodes sont saturées, où vous pouvez alléger ou regrouper les actions de communication...

5. Garder la cohérence des messages : relier chaque action au projet associatif

Communiquer sur un café parents, une collecte de matériel sportif ou un concert, ce n’est pas seulement « remplir un événement ». C’est aussi l’occasion de rappeler qui organise, reposer le sens de l’action et donner une image plus complète de l’association.

Trois questions à se poser pour chaque communication (post, affiche, mail)

1. Est-ce que l’association est clairement identifiée ? Logo visible, nom explicite, mention du territoire…
2. Est-ce que je rappelle en une phrase pourquoi on fait ça  ? Par exemple :
◦ « Ce café parents s’inscrit dans notre projet d’accompagnement à la parentalité sur le quartier. »
◦ « Ce concert fait partie de notre mission d’accès à la pratique musicale pour tous. »
◦ « Cette collecte permettra à plus d’enfants de pratiquer le sport sans frein financier. »
3. Est-ce que je donne une porte d’entrée vers la vie de l’asso ?
◦ « Envie de rejoindre l’équipe de bénévoles ? »
◦ « Pour découvrir l’ensemble de nos actions : [site / plaquette / contact]. »

Action concrète : créez un petit gabarit de message (pour vos réseaux sociaux ou vos newsletters) avec : 1 phrase sur l’événement ou le projet, 1 phrase sur le sens / la mission, et 1 appel clair vers l’association (adhérer, devenir bénévole, en savoir plus).

6. Être réaliste : on ne peut pas tout faire, tout le temps

Dans les petites structures, la communication repose souvent sur :
• une personne à temps partiel,
• ou une personne qui cumule plusieurs fonctions (coordination, animation, communication),
• ou un binôme salariat / bénévolat
• ou une commission communication
Vouloir tout faire (tout couvrir, être présent partout, multiplier les supports) est le meilleur moyen de perdre en qualité et en cohérence. D’où l’importance de :

Hiérarchiser les besoins de communication… et assumer des choix
Posez-vous ces questions :
• Quels sont les 2 objets prioritaires de communication cette année ? (Par exemple : recruter des bénévoles + rendre visible le projet associatif.)
• Quels supports sont vraiment utiles pour vos publics ? (Par exemple : un site simple + une newsletter + un réseau social bien animé valent souvent mieux que 5 réseaux mal tenus.)

Action concrète : listez tous les supports existants (site, Facebook, Insta, affiches, flyers, programme papier, newsletter…). Pour chacun : cochez ce qui est vital et rayez ce qui pourrait être allégé ou mis en pause pendant un an.

Prioriser aussi… la montée en compétence
Gérer plusieurs communications demande des compétences : rédaction, organisation, outils numériques, travail en transversalité avec l’équipe… Tout le monde ne part pas du même niveau, et c’est normal.

Action concrète : repérez un besoin de formation prioritaire pour les 12 prochains mois (par exemple : « mieux structurer la stratégie de communication », « organiser un calendrier éditorial », « animer les réseaux sociaux sans y passer tout son temps »). Inscrivez-le dans votre plan de formation, même modeste. C’est un investissement pour la suite.

7. Mieux se coordonner en équipe : partager la vision, pas seulement les tâches

Articuler plusieurs communications ne peut pas reposer sur une seule personne « magicienne de la com’ ». Il s’agit aussi de : faire circuler l’information, partager les enjeux et clarifier les rôles.

Quelques pistes  :
• Un temps régulier de coordination communication
Même 45 minutes par mois avec les personnes concernées (direction, référent·es de projets, accueil…) pour repérer les événements et projets à venir, vérifier qu’ils s’inscrivent dans la stratégie, éviter les doublons, décider ce qu’on ne communiquera pas (et c’est ok)...
• Un document partagé simple
Un tableau partagé où chacun peut déposer les infos essentielles : date, lieu, public, objectif, lien avec le projet associatif, besoins de communication.
• Rappeler régulièrement la « colonne vertébrale »
Au début de chaque réunion, prendre 5 minutes pour rappeler : les objectifs de communication de l’année, les publics prioritaires et les messages clés.

8. En résumé : construire une communication claire, digeste et cohérente

Gérer plusieurs communications à la fois, ce n’est pas : multiplier les posts, faire une affiche pour chaque action ou encore dire oui à toutes les demandes. C’est plutôt :

• Clarifier le cap (problématique, objectifs, publics, messages) par écrit.
• Structurer vos familles de communication (institutionnelle, projets, événements).
• Planifier à l’année, même de façon simple, pour éviter la communication « au dernier moment ».
• Relier chaque action au projet associatif, pour que vos publics comprennent qui vous êtes vraiment.
• Assumer des choix : mieux vaut communiquer moins, mais de façon alignée, que saturer les canaux sans cohérence.
• Investir un minimum dans la montée en compétence de celles et ceux qui portent la communication.

Parce qu’au fond, la communication n’est pas seulement une question d’outils ou de « visibilité ». C’est un levier pour rendre lisible votre projet, renforcer votre légitimité et permettre à vos actions (événementielles, de projets et associatives) de trouver toute leur portée.

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Vous pouvez également consulter notre article Communication commerciale et ESS : une contradiction ?.

Image : Canva